Discrimination : données, droit, réalité
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L’UE dispose de normes minimales en matière de lutte contre la discrimination, qui s’appliquent dans tous les États membres. Malgré cela, les personnes migrantes rapportent des expériences très différentes de leur quotidien, et l’image qui en ressort n’est pas toujours claire, même en se basant sur les indices de liberté de la presse ou de respect des droits des personnes LGBTQ+. Voici un aperçu : ce que le droit protège, ce que l’Eurobaromètre et la FRA mesurent, et ce que tu peux faire en cas de conflit.
Note que certains textes ont été traduits automatiquement depuis d'autres langues. Nous relisons ces traductions, mais nous ne pouvons pas garantir une exactitude absolue ni une stylistique parfaite dans toutes les langues.
Trois niveaux où la discrimination est visible
En tant que personne de nationalité tierce arrivant dans l’UE, tu peux être confronté à la discrimination à trois niveaux très différents, et ils ne sont pas nécessairement liés :
- Structurel : l’accès au logement, à l’emploi, aux places scolaires est statistiquement inégal. Tu as plus de mal à trouver un logement parce que ton nom « ne sonne pas bien ».
- Interpersonnel : contact direct au quotidien : bus, café, guichet administratif, collègues sur WhatsApp. Ici, la discrimination se manifeste par des regards, des remarques, l’exclusion.
- Institutionnel : la manière dont les lois sont interprétées et appliquées. Si une personne noire ou visiblement musulmane est contrôlée deux fois plus souvent qu’une personne blanche, elle subit une discrimination institutionnelle, même en l’absence de personnes ouvertement hostiles.
Les données sont de plus en plus complètes aux trois niveaux, mais restent lacunaires. Ce que nous savons provient de trois sources principales : les enquêtes de la FRA (par exemple, Being Black in the EU, EU-MIDIS II Muslims), l’Eurobaromètre (enquêtes régulières auprès de la population) et les organismes nationaux de lutte contre les discriminations (réseau Equinet).
Ce que le droit de l’UE protège
Depuis 2000, l’UE dispose de deux directives fondamentales en matière de lutte contre la discrimination :
- La directive sur les discriminations fondées sur la race (RL 2000/43/CE) interdit la discrimination fondée sur la race ou l’origine ethnique dans l’emploi, l’éducation, la protection sociale et l’accès aux biens et services, y compris le logement.
- La directive-cadre sur l’égalité de traitement (RL 2000/78/CE) interdit la discrimination fondée sur la religion, les convictions, le handicap, l’âge, l’orientation sexuelle, mais uniquement dans le domaine de l’emploi.
À cela s’ajoutent les directives sur l’égalité entre les hommes et les femmes (emploi et accès aux biens et services), la Charte des droits fondamentaux de l’UE (article 21 — interdiction générale de la discrimination avec un large champ d’application) et l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) (interdiction de la discrimination en relation avec d’autres droits garantis par la Convention).
Dans chaque État membre de l’UE, il existe un organisme de lutte contre les discriminations : en Allemagne, l’Antidiskriminierungsstelle des Bundes, en France, le Défenseur des droits, en Espagne, le Consejo para la Eliminación de la Discriminación Racial o Étnica, aux Pays-Bas, le College voor de Rechten van de Mens, en Belgique, UNIA (francophone) et Vlaamse Ombudsdienst (néerlandophone). Ils reçoivent les plaintes, donnent des conseils et peuvent, dans certains cas, intervenir devant les tribunaux.
Ce que révèlent les enquêtes de la FRA
L’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA) mène depuis 2008 de vastes enquêtes dans lesquelles elle interroge les personnes migrantes et les membres des minorités sur leurs expériences concrètes. Voici quelques-unes des conclusions des dernières enquêtes :
- Personnes noires dans l’UE : 45 % ont déclaré avoir subi des discriminations au cours des cinq dernières années dans leur vie quotidienne (recherche de logement, au travail, à l’école). Les taux les plus élevés ont été enregistrés en Allemagne et en Autriche, et les taux les plus faibles au Portugal et en Suède — bien que « plus faible » soit un terme relatif. Ces chiffres restent alarmants et stables sur plus de dix ans.
- Musulmans dans l’UE : 39 % ont déclaré avoir subi des discriminations au cours des cinq dernières années. La France, la Belgique et les Pays-Bas affichent les taux les plus élevés en raison des expériences liées au port du voile et à la visibilité de la pratique religieuse ; l’Italie et l’Espagne affichent des taux plus faibles, mais avec un échantillon plus petit.
- Roms dans l’UE : les taux de discrimination sont systématiquement les plus élevés, avec plus de 50 % dans plusieurs pays, et une situation particulièrement grave en République tchèque, en Hongrie et en Slovaquie.
- Personnes LGBTQ+ : environ 40 % déclarent avoir subi des discriminations ; voir notre article sur la sécurité des personnes LGBTQ+.
Une conclusion importante de plusieurs enquêtes de la FRA : le taux de discrimination n’est pas nécessairement corrélé à la prospérité du pays. Dans les pays économiquement puissants comme l’Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique, on observe parfois des taux plus élevés que dans les pays comme l’Espagne ou le Portugal. Les raisons possibles : une sensibilisation accrue à la discrimination conduit à une plus grande volonté de la signaler (un artéfact statistique) et/ou des différences réelles dans la culture d’acceptation.
Ce que montre l’Eurobaromètre
L’Eurobaromètre interroge régulièrement la population générale sur son attitude envers les minorités. Les chiffres actuels (2023) :
- « Si une personne homosexuelle était mon voisin » : 72 % de la population de l’UE se dit plutôt ou très à l’aise — les taux varient de 91 % (Pays-Bas, Suède) à 41 % (Bulgarie, Slovaquie).
- « Si une personne musulmane était mon voisin » : 64 % de la population de l’UE se dit plutôt ou très à l’aise — les taux varient de 86 % (Suède) à 30 % (République tchèque).
- « Si une personne rom était mon voisin » : 50 % de la population de l’UE se dit plutôt ou très à l’aise — les taux les plus faibles sont enregistrés en République tchèque, en Bulgarie et en Italie.
Ces déclarations surestiment probablement l’acceptation (biais de désirabilité sociale), mais elles montrent de manière fiable les différences relatives entre les pays.
Ce qui peut créer un décalage entre le droit et la réalité vécue
Même dans un pays doté d’une législation forte en matière de lutte contre la discrimination et d’un organisme de lutte contre les discriminations bien équipé, les personnes migrantes sont confrontées à des discriminations au quotidien. Ce n’est pas une contradiction, mais découle de trois raisons structurelles :
- Le droit s’applique en cas de litige, pas pendant une conversation. Si une agente immobilière ne t’invite pas à visiter un appartement parce que ton nom « ne sonne pas bien », tu ne le sais souvent pas et tu ne peux pas le prouver. Les tests de discrimination scientifiques (candidatures avec des CV identiques, mais avec un nom différent) montrent depuis 20 ans des effets de discrimination, mais ne constituent pas une voie de recours directe pour les individus.
- La charge de la preuve reste un obstacle. Même si les directives prévoient un allègement de la charge de la preuve (tu dois présenter des indices, l’autre partie doit les réfuter), la pratique est difficile. Tu as besoin de preuves, idéalement de témoins, idéalement d’éléments écrits. Beaucoup de choses se passent oralement.
- Sanctions sociales au-delà du droit. Le droit protège contre la discrimination, mais il ne modifie pas le climat dans la salle d’attente de la crèche ou les remarques de ton colocataire au petit-déjeuner.
Il en résulte un double mouvement : tu utilises le droit là où il peut s’appliquer, et en parallèle, tu te constitues une communauté où tu n’as pas à expliquer constamment qui tu es.
Que faire en cas de conflit
Trois étapes pragmatiques et réalistes :
- Documentation, immédiatement. Après l’incident, note brièvement : date, lieu, personnes, ce qui a été dit ou fait, témoins. Conserve les e-mails, les SMS, les annonces (recherche de logement). C’est la mesure la plus simple et la plus souvent sous-estimée.
- Demande conseil. Organisme national de lutte contre les discriminations (gratuit), organisations de la société civile comme les associations de lutte contre les discriminations, en Allemagne, par exemple, l’Antidiskriminierungs-Verband Deutschland et la Türkische Gemeinde, en France, SOS Racisme, en Espagne, le Movimiento contra la Intolerancia. Ils connaissent les voies de recours locales et te conseillent sur les chances de succès.
- Choisis le niveau d’escalade. Certains incidents peuvent être résolus en interne (plainte, service des ressources humaines, direction de l’établissement). D’autres nécessitent une pression extérieure (organisme de lutte contre les discriminations, avocat, plainte pénale en cas de crime haineux). L’organisme de conseil t’aidera à évaluer la situation.
Dans les affaires pénales (discours haineux, agressions physiques, dégradations à caractère raciste), il faut toujours se rendre à la police. Dans la plupart des pays de l’UE, il existe des agents spécialisés dans la lutte contre les crimes haineux ; lors du dépôt de la plainte, tu dois indiquer explicitement le caractère raciste, antisémite, islamophobe ou homophobe, sinon il ne sera pas enregistré statistiquement et, par conséquent, pas traité de manière appropriée.
Différences plutôt que hiérarchie
Personne ne prétendrait honnêtement que le quotidien est « totalement exempt de discrimination » dans une ville de l’UE. Ceux qui le font font de la publicité, pas de la réalité. Ce qui diffère, c’est :
- Quels groupes sont touchés dans quelle mesure
- Quels espaces sont accessibles, dans lesquels tu ne te sens pas constamment observé
- Dans quelle mesure les voies de recours juridiques et les conseils sont accessibles en cas de conflit
- Dans quelle mesure le pays parle honnêtement de son propre passé en matière de discrimination
Ces quatre axes forment un profil pour chaque pays, que l’indice de l’arc-en-ciel ou une simple donnée de l’Eurobaromètre ne peuvent pas refléter.
vamosa te présente les données de l’Eurobaromètre et de la FRA sur la réalité de la discrimination par pays, dans la mesure du possible. Nous ne fournissons pas de conseils individuels ; les organismes nationaux de lutte contre les discriminations, les ONG et les avocats sont compétents à cet égard. Tu trouveras sur les pages de chaque pays des informations sur le membre du réseau Equinet et sur les organisations de conseil.